Eponges ?

Je vous parlais tantôt de démaquillant.

La vérité vraie, c’est que j’essaye d’en utiliser pour limiter mon action bourrine et agressive contre ma propre peau.

Si ça ne tenait qu’à moi, du savon de Marseille et une bonne éponge tous les soirs, et hop, on en parle plus !

Mais attention : quand je vous parle d’éponge, je ne parle pas de truc énorme et mousseux acheté en grande surface, qui gratte la plupart du temps. Nan nan nan. Je vous parle d’éponges naturelles, faites en spongine.

Et les meilleures éponges naturelles au monde, de ce que j’en sais, ne viennent pas de Cuba ni des Caraïbes (qui disposent par ailleurs d’autres atouts beauté qu’on évoquera éventuellement plus tard), mais bien de la Mer Méditerranée.

J’ai eu la chance d’aller faire un tour en Grèce l’année dernière, dans le Dodécanèse. C’est lors de ce voyage que j’ai visité Pothia, principale ville de l’île de Kalymnos. Kalymnos, c’est le berceau de la tradition des pêcheurs d’éponges, depuis près de deux millénaires. Même si les techniques ont évolué et les points de pêches se sont étendus à la Méditerranée toute entière, ça fait quand même un sacré capital crédibilité.

J’ai donc eu l’occasion de voir les éponges à peine pêchée, et le truc, c’est qu’elles ne font pas rêver du tout. Elles donnent l’impression d’avoir été mazoutées comme un cormoran dans une marée noire.
Mais il paraît que c’est leur look. Bon, ok.

Du coup, elles sont traitées chimiquement. Franchement, l’idée ne m’a pas plu du tout.

Un premier bain dans de l’acide chlorhydrique permet d’éliminer le calcaire. Parce que oui, il y a du calcaire : les éponges sont en fait des squelettes. Mon coté gothique me fait du coude. Et le reste est satisfait de savoir qu’on ne massacre pas des animaux en pleine forme dans de l’acide ! Mais d’ailleurs, kesskecè que l’acide chlorhydrique ? Comme je n’ai jamais été bonne élève chimiste, je vais faire un tour sur Internet, pour apprendre que c’est essentiellement ce qui compose les sucs gastriques. Bon, ça peut aller ; mais je vais quand même vérifier sur le tableau des additifs alimentaires autorisés en France (en quoi ma peau serait-elle moins  à protéger que des muqueuses ?), où je lis :

Régulateur de l’acidité de synthèse, halal, casher et végétarien.
Risques :
– plus la dose augmente et plus le produit est irritant, jusqu’à devenir dangereux, car très corrosif.

Ok… plus d’infos peut-être ?

L’acide chlorhydrique naturel est présent dans l’estomac où il contribue à la digestion des aliments. Il est sécrété par les cellules pariétales au cours d’un mécanisme complexe mettant en jeu une importante quantité d’énergie (…). Afin de ne pas se dissoudre lui-même, l’estomac est protégé contre la corrosivité de l’acide chlorhydrique par plusieurs mécanismes en l’absence ou la défaillance desquels peuvent se former des brûlures d’estomac ou des ulcères [21a,21b].

L’acide chlorhydrique (E)507 est listé au Codex alimentarius comme régulateur d’acidité [13a] et peut être, selon sa vision, ajouté à une vaste gamme d’aliments divers à n’importe quelle dose estimée nécessaire par le fabricant (quatum satis/BPF) [13b][22].
Selon food-info.net, il serait essentiellement utilisé dans les fromages et les bières [27]. (Petit rappel utile, les spiritueux contiennent des additifs tout comme l’alimentation transformée, mais ne sont pas tenus à leur étiquetage, à l’exception des sulfites. Ndr.)

Dans l’Union Européenne comme aux Etats-Unis, l’acide chlorhydrique n’est pas listé (donc pas autorisé) dans l’alimentation biologique (angl. organic food) [23,24].

Ok, c’est chimique ET PAS DU TOUT BIO, mais y’en a dans mon estomac.

La suite ? L’éponge est rincée, puis stérilisée dans un bain de permanganate de potassium. Encore un nom barbare…

Le permanganate de potassium est utilisé fréquemment pour oxyder le fer et le manganèse dans les usines de traitement d’eau de consommation provenant de puits artésien. Après dosage, l’eau traitée est passée dans des filtres spécifiques. (…)

Le permanganate de potassium est utilisé comme réactif oxydant dans un grand nombre de réactions chimiques en laboratoire comme dans l’industrie. Il est également utilisé comme désinfectant et comme désodorisant. Il est utilisé pour traiter certaines infections des poissons dues à des parasites, pour le traitement de l’eau potable ainsi que comme antidote pour les empoisonnements par le phosphore.

Le permanganate de potassium peut être utilisé comme réactif pour la synthèse d’un grand nombre de composés organiques différents. Une solution diluée de KMnO4, utilisée à froid, permet par exemple de convertir un composé organique possédant une double liaison carbone-carbone en diol. Des solutions plus concentrées permettent d’oxyder un groupement méthyl sur un anneau aromatique en groupement carboxyle. Le permanganate de potassium à chaud permet d’oxyder la plupart des composés organiques.

J’ai pas tout saisi mais en gros, c’est le truc qu’on trouve dans le Dakin…

¬¬

Enfin, des lavages répétés, plusieurs jours durant, pour ôter de l’éponge tous les résidus pouvant porter atteinte à l’épiderme. Voilà une étape sur laquelle je ne peux pas râler.

Le truc que nous ont appris les spécialistes, c’est qu’une bonne éponge naturelle n’est pas jaune claire du tout. Une éponge jaune claire, c’est une éponge abimée par des lavages répétés à l’eau oxygénée, pour satisfaire notre œil aseptisé qui voit dans le « plus clair » du « plus propre » ou « de meilleure qualité« . Ces éponges-là sont vendues à ceux qui n’y connaissent rien, et imaginent à tort repartir avec un produit de la meilleure qualité qui soit.

Les meilleures éponges sont celles qui conservent une couleur plus sombres, bien moins sexy. Ces éponges, si on sait en prendre soin, peuvent se conserver une vingtaine d’années sans difficulté.

natural-sponge

Quand j’ai entendu 20 ans, ça m’a mis une sacré claque. J’essaie d’imaginer ce que ça peut représenter en terme de cotons, de loofa ou même d’éponges konjac… ça n’a effectivement rien à voir. Surtout que « en prendre soin », ça signifie la rincer soigneusement, délicatement essorer l’eau et la laisser sécher. Ce qu’on fait avec le premier gant venu. Gosh.

J’ai pesé le pour et le contre, et comme jusqu’à présent je n’ai rien trouvé qui incrimine les éponges naturelles (et surtout le traitement qu’elles ont reçu) sur la peau, je me suis laissée tenter et j’ai acheté une petite éponge. Pas besoin d’un truc énorme, une petite éponge qui tient dans le creux de la main est tout à fait suffisante.

C’est un peu surprenant au début quand on a l’habitude des cotons ou des gants, mais on s’y fait rapidement ; c’est une manière plus délicate de se nettoyer le visage. J’ai arrêté de me frotter vigoureusement comme Charles Ingalls dans la Petite Maison Dans La Prairie, et je dois dire que c’est assez agréable.

Voilà donc pour la question des éponges. Je comprends que dans un soucis soit de radicalité naturelle, soit de grande inquiétude concernant les fonds sous-marins, cette solution ne paraisse pas viable à certains d’entre vous.

Pour ma part, je me dis qu’on devrait arrêter de pêcher n’importe quelles éponges à tout va, et se montrer plus exigeant sur leur qualité ; les éponges seraient sûrement bien plus chères, mais dureraient plus longtemps (du moins, on en prendrait probablement davantage soin) – et la faune maritime serait bien moins bouleversée. C’est évidemment un vœu pieux… mais si les gens étaient mieux informés, est-ce qu’ils ne choisiraient pas d’être plus sélectifs ?

C’est une possibilité.

Prochaine étape, le savon.

Je vais tenter un battle Savon de Marseille vs. Savon d’Alep… to be continued !

 

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